Jeudi 5 février 2009
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22:52
Nanterre m'avait poussé jusque dans mes retranchements les plus incongrus, la littérature devenait une matière spongieuse, peu agréable au toucher et
encore moins au goût, j'avais beau frotté je sentais bien que quelque chose ne collait plus entre nous, il ne restait qu'à prononcer le divorce... Copenhague nous a réconcilié, on va attendre
pour les fiançailles mais il semble que le nouveau départ que nous avons pris soit le bon. Je retrouve enfin dans l'étude d'un livre du sens, pas de la guimauve, plutôt le truc qui colle
aux dents mais qu'on a envie de garder accroché à ses gencives, même si cela doit se solder par des caries et le bal du diable. J'ai beau passer ma langue entre les interstices de ma mâchoire de
râleur pas tenté, je n'y trouve au final que du bon, du 100% pur intellectualisme primaire revisité de louchées d'audace débridée et d'une pincée de perspectives concrètes, alors qu'à Paris cela
faisait bien longtemps que la gerbe avait laissé place à l'ennui. Entre Le Roman de la Rose et le postmodernism dans la littérature américaine contemporaine j'sais pas pourquoi mais je
préfère enclencher la conduite automatique direction la seconde et laisser pourrir sur place l'auto stoppeur médiéval, quitte à ce qu'il me balance aux services d'immigration des lettres
classiques et que je me retrouve à prendre la poussière à ses côtés à la session de septembre. De même les politiques culturelles européennes et la gestion de la censure augurent une satisfaction
cérébrale plus jouissive que l'onanisme vain que représentait à mes yeux spleen et idéal dans l'oeuvre de Flaubert, chacun ses préférences quoi, ce serait comme demander à un structuraliste de
virer sa cutie. Je me dis quand même que c'est con de devoir traverser l'Europe (ou presque) pour trouver un modèle qui me correspond enfin, pour une fois on ne peut pas reprocher aux étudiants
de lettres d'être déconnectés du reste du monde, chaque jour on leur parle de création contemporaine, des enjeux actuels, mais on aborde aussi les grands classiques sans les réduire à des
figures de taxidermiste bas de gamme. Au premier semestre j'aurai bien vu Sterne ou Akutagawa dans la galerie de l'évolution aux côtés des pingouins empaillés depuis belle lurette, alors qu'il y
a sans doute un moyen de leur donner une résonance plus enrichissante et ainsi de faire de la littérature un réel garde fou et non pas une voie de garage direction l'enseignement pour la plupart
d'entre nous (précision je ne dénigre pas l'éducation, je dis juste qu'on peut sans doute faire autre chose avec la littérature).Bon j'ai conscience que tout ça ne par le qu'à bibi, mais voilà je
voulais le dire.... Sur ce je vais compter les poules
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